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Comment vérifier l'attestation décennale d'un artisan

Mis à jour le 29 octobre 2026

Avant de confier un chantier à un artisan, vous avez raison de demander et vérifier une attestation décennale. Ce document prouve que l’entreprise a souscrit l’assurance de responsabilité civile décennale, obligatoire pour de nombreux constructeurs. Voici une méthode simple, appuyée sur les textes, pour contrôler l’attestation et éviter les mauvaises surprises.

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Le cadre légal à connaître avant de vérifier une attestation décennale

La garantie décennale découle des articles 1792 et suivants du Code civil. Elle engage la responsabilité du constructeur pendant 10 ans à compter de la réception des travaux pour les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Cela inclut, par exemple, un affaissement de plancher, des infiltrations structurelles par la toiture ou un défaut important d’étanchéité.

La souscription d’une assurance de responsabilité civile décennale est obligatoire pour les professionnels dont la responsabilité peut être engagée sur ce fondement, selon l’article L241-1 du Code des assurances. Cette assurance permet de garantir la réparation financière des dommages couverts par la garantie décennale.

Selon service-public.fr, l’assureur délivre au professionnel une attestation d’assurance décennale qui peut être remise au maître d’ouvrage avant l’ouverture du chantier. Ce document synthétise les informations essentielles de la police (identité de l’assuré, activités garanties, période d’assurance, etc.).

Le non-respect de l’obligation d’assurance est pénalement sanctionné par le Code des assurances (article L243-3). Vérifier l’attestation, c’est donc d’abord vérifier que l’entreprise respecte la loi et que le chantier sera sécurisé financièrement en cas de sinistre relevant de la décennale.

Les points clés à contrôler sur une attestation décennale

Une attestation décennale n’est pas un devis ni un contrat complet. C’est un résumé émis par l’assureur. Voici les points concrets à relire attentivement avant de signer un devis ou d’ouvrir le chantier.

Assurez-vous que l’attestation est récente, lisible, et qu’elle provient de l’assureur (logo, références de contact, numéro de police). Une capture d’écran ou un document manifestement modifié doit vous alerter. Les assureurs émettent généralement des attestations standardisées qui reprennent les mentions indispensables.

Les activités garanties doivent correspondre exactement aux travaux prévus. Par exemple, une attestation couvrant uniquement de la peinture ou de la pose de cloisons ne suffit pas pour une réfection de toiture avec risque d’infiltration. Si une technique particulière est envisagée (étanchéité, charpente, structure, isolation par l’extérieur, installation de panneaux en toiture), demandez à l’entreprise de confirmer par écrit que l’activité est bien couverte ou de solliciter un avenant auprès de son assureur si nécessaire.

Vérifiez la période d’assurance indiquée sur l’attestation et sa cohérence avec le calendrier du chantier. L’attestation doit couvrir la période au cours de laquelle les travaux seront exécutés. Enfin, contrôlez la zone géographique de validité (territorialité) et le nom commercial exact de l’entreprise assurée.

  • Identité de l’assuré: dénomination sociale exacte, éventuellement forme juridique.
  • Assureur et numéro de police: nom de l’assureur clairement identifiable, références de police.
  • Période d’assurance: dates de validité correspondant à la période du chantier.
  • Activités couvertes: liste précise en cohérence avec la réalité du marché prévu.
  • Territorialité: couverture valable pour le lieu où se situe le chantier.
  • Mentions ou exclusions notables: techniques, matériaux ou activités exclus éventuels.

Recouper l’identité de l’entreprise et la cohérence des informations

Une attestation valable au nom d’une entité qui ne correspond pas à l’entreprise présente sur le devis ou la facture n’a pas de valeur pour votre chantier. Recoupez les informations d’identité (dénomination sociale) avec celles figurant sur les documents commerciaux de l’artisan et, si besoin, avec les données publiques.

L’Annuaire des entreprises de l’État permet de vérifier l’existence légale de l’entreprise, son état (en activité, radiée) et des informations utiles comme la raison sociale et l’adresse déclarée. Ce contrôle simple aide à repérer une attestation empruntée à une autre société ou provenant d’une entité qui n’exerce plus.

Si l’entreprise travaille en sous-traitance, demandez l’attestation de l’entreprise sous-traitante pour les activités qu’elle réalisera effectivement. Le donneur d’ordre peut aussi vous montrer sa propre attestation, mais cela ne remplace pas, pour les travaux exécutés par un sous-traitant, la couverture de ce dernier. Assurez-vous que la chaîne contractuelle est claire: qui fait quoi, et qui est assuré pour quoi.

Pour les chantiers sensibles, l’entreprise peut solliciter auprès de son assureur une attestation nominative de chantier mentionnant le maître d’ouvrage et l’objet des travaux. Ce n’est pas une obligation légale générale, mais c’est un bon moyen de lever un doute sur l’adéquation des garanties au marché confié.

Détecter une fausse attestation et obtenir une confirmation

Les faux existent, mais quelques vérifications simples réduisent fortement le risque. Comparez la charte graphique et la mise en page avec d’autres attestations du même assureur disponibles en ligne (sur des sites professionnels ou dans des dossiers d’appel d’offres), et cherchez les incohérences: polices de caractères différentes, fautes grossières, coordonnées erronées, tampons flous.

Demandez la version PDF transmise par l’assureur ou disponible via un lien de vérification si l’assureur en propose. Certains documents portent une signature électronique visible dans les propriétés du fichier. Une image insérée dans un document bureautique est plus suspecte qu’un PDF natif.

Contactez l’assureur via ses coordonnées officielles (site institutionnel ou standard) pour confirmer l’authenticité de l’attestation, la validité de la police, les activités déclarées et la période couverte. Ne vous fiez pas uniquement aux numéros de téléphone qui figurent sur le document si vous avez un doute sur sa provenance.

Conservez la preuve de vos démarches: copie de l’attestation datée, échanges écrits, confirmation de l’assureur. En cas de sinistre, ces éléments facilitent l’instruction de votre dossier.

Situations fréquentes lors de la vérification: comment réagir

Activité non couverte: si l’attestation ne mentionne pas l’activité précise (exemple: l’artisan est assuré pour de la menuiserie intérieure, mais vous lui confiez une ouverture de mur porteur), demandez une confirmation écrite de couverture ou un avenant avant le démarrage. Sans cela, refusez de lancer le chantier sur cette base.

Attestation expirée: exigez une attestation couvrant la période des travaux. Une attestation ancienne ne prouve pas la couverture actuelle. Si l’entreprise affirme avoir renouvelé son contrat, elle doit obtenir auprès de l’assureur une attestation à jour.

Auto-entrepreneur et petites structures: l’obligation d’assurance décennale dépend des activités exercées, pas de la taille de l’entreprise. Un micro-entrepreneur qui réalise des travaux relevant de la garantie décennale doit être assuré comme n’importe quel autre professionnel. Demandez la même attestation et vérifiez les mêmes points.

Sous-traitance: si votre interlocuteur fait appel à un sous-traitant pour une partie sensible (étanchéité, structure), demandez l’attestation du sous-traitant sur ces activités. L’attestation du donneur d’ordre ne suffit pas à couvrir les actes du sous-traitant si ceux-ci ne figurent pas dans ses propres activités assurées.

RC Pro, décennale et dommages-ouvrage: bien distinguer les garanties

Beaucoup de documents circulent sous l’intitulé « responsabilité civile ». Or la responsabilité civile professionnelle (RC Pro) couvre principalement les dommages causés aux tiers pendant l’exécution ou des fautes non décennales. Elle ne se substitue pas à la responsabilité décennale prévue par l’article 1792 du Code civil. Une attestation de RC Pro seule est donc insuffisante pour des travaux relevant de la décennale.

L’assurance de responsabilité civile décennale découle de l’article L241-1 du Code des assurances. Elle vise exclusivement les dommages de nature décennale. L’attestation doit préciser les activités garanties au titre de cette assurance, distinctement de la RC Pro.

La dommages-ouvrage (article L242-1 du Code des assurances) est une assurance souscrite par le maître d’ouvrage. Elle préfinance les réparations des désordres de nature décennale sans attendre une décision judiciaire sur les responsabilités. Vérifier l’attestation décennale de l’artisan ne remplace pas l’intérêt de souscrire une dommages-ouvrage lorsque vous y êtes tenu ou que vous souhaitez sécuriser le délai d’indemnisation. Un maître d’ouvrage peut légitimement demander l’attestation décennale de chaque intervenant, même s’il a souscrit une dommages-ouvrage.

Vos questions

Quels éléments doivent absolument figurer sur une attestation décennale crédible ?

L’identité exacte de l’entreprise assurée, le nom de l’assureur et le numéro de police, la période d’assurance, la liste claire des activités couvertes, la territorialité et, le cas échéant, des exclusions notables. Le document doit provenir de l’assureur (ou de son délégataire), avec une mise en forme professionnelle.

L’attestation doit-elle être nominative pour mon chantier ?

Ce n’est pas une obligation générale. L’attestation standard, qui récapitule les activités garanties pour une période donnée, suffit souvent. En cas de doute sur l’adéquation au marché (travaux spécifiques, technique particulière), demandez une attestation nominative de chantier ou une confirmation écrite de l’assureur via l’entreprise.

Que faire si l’attestation ne mentionne pas l’activité exacte de mes travaux ?

Ne lancez pas le chantier tant que la couverture n’est pas confirmée. Demandez à l’entreprise de solliciter un avenant ou une attestation précisant clairement l’activité concernée. Une attestation inadaptée (ex.: uniquement « peinture » alors que des travaux de toiture sont prévus) expose à un refus de garantie.

Comment repérer une fausse attestation décennale ?

Cherchez les incohérences: fautes, numéros de police invérifiables, coordonnées douteuses, logos déformés, PDF converti en image. Demandez la version PDF d’origine, comparez avec des modèles connus de l’assureur et appelez l’assureur via ses canaux officiels pour confirmer la validité de la police et des activités garanties.

L’artisan était assuré pendant les travaux mais plus aujourd’hui: suis-je encore protégé ?

La responsabilité décennale du constructeur est légale et s’applique pendant dix ans après la réception des travaux, selon l’article 1792 du Code civil. Si l’entreprise était effectivement assurée lors du chantier, l’assureur de cette période peut être appelé en garantie, même si le contrat a pris fin depuis. Conservez l’attestation correspondant à la période du chantier.

Vérifier une attestation décennale suffit-il à me protéger sans dommages-ouvrage ?

Non. L’attestation décennale confirme l’obligation d’assurance de l’artisan pour sa responsabilité décennale. La dommages-ouvrage, prévue par l’article L242-1 du Code des assurances, préfinance vos réparations sans attendre le règlement des responsabilités. Les deux protections sont complémentaires.

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Sources

Eric Chahmerian, fondateur d'Affinisur

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Eric Chahmerian, courtier depuis 2018

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